Le jeu de Nim


  
 
Le système binaire possède aussi une utilité inattendue dans les jeux mathématiques  . Le célèbre jeu de Nim  permet  à quiconque de faire fortune avec des allumettes, s'il trouve des partenaires assez riches... En voici le principe : un certain nombre d'allumettes est déposé, en plusieurs tas, sur une table. Chacun des deux joueurs doit, tour à tour, enlever  autant d'allumettes qu'il lui plaît, mais seulement dans l'un des tas formés. Le gagnant est celui qui prend la dernière allumette.  
Le premier joueur peut, en général, mener le jeu de façon  à gagner « contre toute défense ». En effet, si nous considérons un état donné de la table, chacun des paquets contient respectivement un certain nombre d'allumettes (soit par exemple 2, 3, 6 et 7 allumettes). Ecrivons ces nombres en système binaire. 

2 = 010
3 = 011
6 = 110
7 = 111

Si le tableau est tel qu'il y a un nombre pair 1 dans chaque colonne (comme c'est le cas dans l'exemple choisi : la première colonne contient deux 1, la seconde quatre 1, la troisième deux 1), nous dirons que c'est une position paire. Dans le cas contraire, ce serait une position impaire. Il est clair qu'en général une position prise au hasard est impaire.
Avec quelque attention, on  s'apercevra rapidement de la justesse des lois suivantes : 


- Loi I : si un joueur laisse à son partenaire une position paire, celui-ci est obligé de lui rendre une position impaire, puisqu'il modifie un seul tas, donc au moins une ccolonne. 

- Loi II : on peut toujours transformer une position  impaire en une position paire. C'est là le point délicat, il faut prendre des allumettes dans un seul tas, de façon à rendre paires toutes les colonnes qui ne le sont pas. 
Laissons le lecteur s'en convaincre en examinant le jeu suivant que gagne le joueur A en suivant notre règle. Au départ, il y avait sur la table quatre tas, respectivement de dix, sept, cinq et seize allumettes. Le jeu s'est déroulé en onze coups. 

Tas Joueurs A B A B A B A B A B A
I 10 10 7 7 0
II 7 7 7 7 7 7 7 3 0
III 5 5 5 5 5 2 2 2 2 2 1 0
IV 16 8 8 5 5 5 1 1 1 1 1 1 0 gagné

Les positions que laisse A sont toujours paires, y compris la dernière naturellement, alors que B ne peut, quel que soit  son jeu, que rendre à son adversaire une position impaire. Naturellement, la règle ci-dessus est en défaut si la position de départ est paire, ce qui est peu probable si elle est choisie au hasard, et si B connaît la marche à suivre.